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Interview Seisachtheion
Hell'o Seb, merci de répondre à nos questions. Peux-tu nous raconter les origines de la Seisach Night à Sauveterre-de-Guyenne ? Qu’est-ce qui t’a donné envie de lancer un festival Metal ici ?La Seisach’ est née de manière complètement fortuite ! En 2019, mon cadet prenait des cours de guitare avec Cédric Rougier, le directeur de l’école de Musiques en Bastide, qui gérait par ailleurs la salle de concert Simone Veil de Sauveterre-de-Guyenne. Il a intercepté une conversation de Cédric qui souhaitait créer un événement Rock/Metal et, se mêlant de ce qui ne le regarde pas, il a interpelé tout le monde en disant que son père était chroniqueur Metal pour le webzine CoreandCo ! Je venais d’intégrer en effet en début d’année le team, sous le doux surnom de « Seisachtheion ». On s’est reniflé le derrière avec Cédric, le feeling est super bien passé et on s’est mis d’accord de ne pas tout de suite aller vers du Metal trop gras. Et c’est comme ça que la première édition est née en janvier 2020 (avec Seeds of Mary en tête d’affiche) … deux mois avant le confinement ! Ouf ! Deuxième édition sur deux jours, quels ont été les principaux défis pour passer d’une soirée à un week-end complet ?Pour la 5ème édition, je voulais marquer le coup, d’autant que je voulais en profiter pour fêter les 20 ans de CoreandCo. Je pensais benoîtement que passer d’une à deux journées allait doubler les difficultés, mais ça les a plutôt décuplées ! Et la fatigue avec. Le principal défi a été bien sûr la logistique car jusque-là, avec des soirées à 4 groupes, les loges étaient dans l’école de musique qui jouxte la salle, mais là il fallait repenser l’évènement. Après avoir consulté l’équipe technique de la Seisach’, déjeuné avec le maire de Sauveterre (qui nous a donné accès au gymnase attenant pour les loges et le marché des exposants) et étudié la faisabilité avec le bureau de l’Asso, on a sauté le pas, franchi un cap. Cette année, nous aurions dû revenir à une seule soirée (le bilan financier de la Seisach’ 5 n’a pas été bon), mais le fort potentiel du festival et les perspectives intéressantes données par le développement du Seisach’ Market nous ont amenés à maintenir les deux jours, avec une prise de risque moindre cependant. Comment sélectionnes-tu les groupes ? Y a-t-il un équilibre recherché entre styles extrêmes et les formations plus locales ?Je consulte beaucoup, demande des avis ici et là, mais à l’issue je suis le seul à booker, d’autant que je suis (quasiment ^^) le seul métalleux au sein du bureau de Musiques en Bastide. Si je m’écoutais, je ne ferais que du Black Metal. Mais il m’a semblé plus pertinent d’en faire un event de Metal extrême, violent et/ou sombre, avec en plus du Death mais aussi une lichette de Doom, de Post et de Thrash. Un groupe comme Hexekutor, booké cette année, est super précieux, car il pourra plaire autant aux Thrashos qu’aux Blackeux. Sinon, j’essaie de trouver un équilibre entre les valeurs fortes de la scène nationale, les groupes reconnus dans leur style et les forces vives, locales et régionales. L’année dernière, pour les 20 ans de Coreandco, j’ai ouvert le vendredi au HxC ou au Prog’ ; la soirée a été plutôt bonne niveau fréquentation (contrairement au lendemain), mais je ne me suis pas senti super à l’aise, ni légitime à le faire. Bizarre…Sinon, il m’arrive d’abord de chroniquer un album pour Coreandco puis, ayant apprécié ou senti un potentiel sur scène, de faire une proposition de booking. C’est ce qui est arrivé pour Miasmes par exemple, pour lesquels j’avais fait le déplacement de deux heures pour les voir au Vars Attacks (un an avant la Seisach’ 5), discuté avec eux et calé leur venue. Mais j’avais avant toute chose aimé leur 1er album et écrit quelques lignes à ce sujet pour le ‘zine. C’est à la fois cohérent et un peu con comme approche ! Quel rôle joue l’association Musiques en Bastide dans l’organisation ? Peux-tu décrire votre collaboration ?Sans Musiques en Bastide, pas de Seisach’. C’est aussi simple que cela. C’est MeB et son directeur, Cédric, qui détiennent toutes les licences (spectacle, boisson) autorisant l’organisation et le financement de ce festival. J’ai d’abord intégré l’asso comme bénévole, puis comme vice-président il y a 3 ans. Aujourd’hui, j’en assure la présidence. Je me dois d’insister sur le point suivant. La plupart des événements Metal sont organisés par des associations nées uniquement pour organiser un fois par an un festival de Metal. Toute l’énergie de ses membres est tournée vers lui. Ce que très peu de personnes savent (ils s’en foutent d’ailleurs et ils ont bien raison !), c’est que Musiques en Bastide organise une dizaine d’événements par an à la salle Simone Veil, une quinzaine même si on intègre l’accueil des spectacles scolaires (chorale, classe-orchestre). Et la Seisach’ n’est donc qu’un événement parmi eux, même s’il reste le plus ambitieux et le plus exigeant d’entre tous. Mais on a quand même accueilli de beaux noms et de gros plateaux ces dernières années (Julien Granel, Cœur de Pirate, Renan Luce, Da Silva, Les Shériff, …). Quels types d’animations off festival (expos, conférences, market) as-tu souhaité développer ? Sur quelle valeur ajoutée comptais-tu ?Dès la 3e édition, il m’a semblé pertinent de créer un OFF avec des expositions, des conférences et des concerts, le tout ouvert à tous, y compris (surtout ?) aux habitants du coin. Cela a permis de travailler plus étroitement avec la mairie et la médiathèque. En 2022, on a fait venir une exposition SACEM sur l’histoire du Metal et j’ai fait une conférence (« Quelques idées reçues sur le Metal… »). L’année suivante, s’est tenue une rencontre sur « Lovecraft, la BD et le Metal » animée notamment par Ben de The Great Old Ones, suivie dans la foulée de la belle prestation de l’artiste bordelais QLAY. L’année dernière, c’était autour de l’artiste et du musicien Jeff Grimal d’être mis en avant, avec ses peintures et son projet KESYS, avant que le public puisse participer à une conférence intéressante intitulée « Le Black Metal à la croisée des chemins : littérature et musicologie ». Pas de conférence cette année, mais une expo de Marie Moyère (l’artiste qui a fait l’artwork de cette année), un jeu de rôles de 3 heures à la médiathèque qui laissera la place à une heure de conte en musique avec Quentin Foureau, conteur bien connu des black métalleux, qui a travaillé avec de nombreux groupes (Hexekutor, Darkenhöld, …) et qui présentera à la médiathèque avec le harpiste celtique Simon Gautier son tout nouveau projet : Trouble Émeraude. L’Irlande fantastique en cordes et en mots. Peut-être est-ce la trace de mon ancienne vie d’enseignant-chercheur (j’ai un doctorat en histoire qui ne me sert plus à grand-chose en ce moment), mais j’aime à penser que le Metal, le Black Metal spécialement, peut dégager une réelle aura artistique, littéraire et intellectuelle. En tout cas, c’est le genre de musique extrême que j’aime écouter et chroniquer. On revient donc au point de départ… Quant au Seisach’ Market, étoffé cette année avec une quinzaine d’exposants, dont un stand de retrogaming DOOM, on souhaite juste offrir aux festivaliers et aux habitants l’opportunité de faire bosser les artistes et les artisans du coin et de la région et valoriser leur travail ultra quali. Les temps sont très durs pour eux aussi….Je ne saurais oublier David alias « Gribouille » qui depuis 2022 fait en peinture une performance XXL durant toute la durée du festival. Cette performance fait partie de l’ADN de la Seisach’ désormais. Comment mobilises-tu ton équipe de bénévoles ? Est-ce qu’elle évolue dans le temps ?C’est peut-être une des plus belles spécificités de cet événement, en tout cas une chose dont je suis le plus fier, c’est la cohabitation plus que réussie et qui donne une super ambiance (ressentie par les festivaliers) entre les bénévoles non métalleux présents toute l’année à la salle Simone Veil et les bénévoles metalheads qui viennent renforcer une fois par an la crew de la Seisach’ qui mobilise entre 35 et 40 personnes sur le week-end. On est sur du 50-50. C’est aussi pour cette raison que nous avons maintenu les deux jours : pour l’aventure humaine qui s’y joue. Les bénévoles métalleux sont des potes, ou des copains de copains. J’ai de plus en plus de demandes de festivaliers – et je leur dis merci ! – qui souhaiteraient vivre l’expérience mais en coulisses. Difficile de répondre favorablement à tout le monde. Et pour cause : presque la totalité des bénévoles de l’année dernière rempilent pour cette 6e édition ! Peux-tu partager une anecdote forte ou un souvenir marquant de ces dernières éditions qui illustre l’esprit de la Seisach’ Night ?J’en ai deux en fait ! L’anecdote se déroule lors de la 3e édition en 2022 au cours de laquelle nous avions franchi un cap niveau programmation avec Loudblast et Gorod notamment. La présence d’un public nombreux a eu une incidence fâcheuse : plus de P.Q. dans les toilettes ! Et c’est le maire himself qui est parti dans le local du service technique nous récupérer cela, avant de revenir à l’entrée du festival avec deux immenses rouleaux papiers-toilette sous les bras… Pas mal, nan ?!? Le souvenir, c’est en fait tous les mots et les remerciements que je reçois à la fin du fest’ ou lors des jours qui suivent. Je sors épuisé de chaque édition, au point de m’interroger sur les raisons pour lesquelles je continue à faire cela... Or, ces mots – justement – me le rappellent… Quelle stratégie de partenariats et de communication appliques-tu pour toucher un maximum de public ?Pour les partenariats, celui de la mairie et de la communauté de communes est plus que précieux, indispensables ! L’une des planches de salut sera certainement le développement du mécénat qui est en train de prendre en ce moment, malgré un contexte économique dégradé. Les événements musicaux organisés tout l’année par Musique en Bastide et la Seisach’ en particulier dégagent une image de plus en plus positive dans notre territoire proche. C’est le mécénat par exemple qui va permettre cette année la présence du stand retrogaming Doom (il n’avait pas été budgétisé au départ). Niveau communication, on progresse mais nos marges d’amélioration sont fortes. On est peu présents – pour des raisons budgétaires – sur les grands médias papier. On est plutôt efficaces sur les réseaux sociaux. Mais notre priorité, c’est la communication de terrain. Motocultor, Festival 666, Queyrock, Furios Fest, concerts à Salem… la team des bénévoles s’est démultipliée cette année. Pour quels résultats concrets ? Impossible à dire vraiment. On aimerait juste se dire que, si des personnes ne sont finalement pas venues, ce n’est pas parce qu’elles ne connaissaient pas la Seisach’, mais parce qu’il s’agit davantage d’une question de disponibilités, de coût (même si nous sommes volontairement très peu cher), d’éloignement (on est à 50 mn-1h de Bordeaux) ou de styles (trop extrême). Quelles innovations (nouvelles scènes, formats immersifs, collaborations artistiques) souhaiterais-tu tester pour la prochaine édition ?J’ai quelques idées en tête, qui doivent être validées autant par Musiques en Bastide que par la Mairie. J’aimerais bien étoffer encore le OFF en l’associant à de très jolis lieux de la Bastide de Sauveterre, tels que le Jardin Saubotte ou certains caves magnifiques et plutôt grandes que l’on retrouve sous certains commerces de la commune. On s’interroge également sur la nécessité d’une seconde scène extérieure, pour soulager les équipes techniques lors des changements de plateau assez sportifs. Mais en octobre, ce n’est pas idéal… Enfin, je m’interroge surtout sur l’opportunité d’internationaliser la programmation, dès lors que l’asso m’en donnera la possibilité. Le vivier du Metal extrême français est impressionnant par sa richesse et je tente de le valoriser au maximum. Mais en extraire des groupes capables de faire bouger la commu jusqu’à Sauveterre-de-Guyenne, coin un peu paumé de l’Entre-deux-mers, et bien là… la tâche est un peu plus ardue. Et si je me rends compte que la Seisach’ a atteint son plafond de verre et doit – pour être pérennisée – songer à rappeler les super groupes déjà programmés et que nous sommes fiers d’avoir accueillis (Celeste, Loudblast, Gorod, TGOO, Necrowretch, Acod, …), il faudra se poser les bonnes questions. Il sera peut-être temps alors d’arrêter l’aventure…
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