|
Interview Pierre et Matthieu (par mail)
Bonjour et merci de nous accorder un peu de votre temps pour répondre à cette interview. Pouvez-vous nous raconter comment le groupe Muhūrta s'est formé ? Quelle a été l'inspiration derrière la création du groupe ?Matthieu : Pierre et moi-même sommes deux élèves sitaristes depuis presque une dizaine d’années du maître du sitar Michel Guay. Nous nous sommes croisés entre deux cours et avions chacun un T-shirt d’un groupe de métal, cela nous a mis la puce à l’oreille. Un peu plus tard en Avril 2019, nous nous sommes recroisés à un concert de notre professeur de sitar et Pierre a proposé de créer un groupe qui fusionnerait le métal et la musique classique indienne. Ce que j’ai tout de suite accepté et nous nous sommes mis à travailler d’abord chacun de notre côté. De là naquit "In The Cage" et "Kali Mata". Quelle est la signification du nom "Muhūrta" ? Comment ce nom reflète-t-il votre identité musicale ?Pierre : Le Muhurta est un terme Sanskrit qui désigne une unité temporelle qui dure entre 45 et 48 minutes. Une journée est composé de 30 Muhurta et le Muhurta le plus important pour la méditation ou n'importe quel travail est le Brahma Muhurta, celui du lever de soleil, le moment qui symbolise la victoire de la lumière sur les ténèbres. Parfois dans les textes sacrés indiens le terme Muhurta peut aussi signifier le moment ou l'instant. Le chiffre trois est très présent dans la musique classique indienne. Par exemple, pour terminer une phrase mélodique, il est commun de faire une transition en répétant trois fois la même phrase pour revenir au premier temps. Nous appliquons cette règle dans plusieurs morceaux et il était donc sensé pour nous de trouver un nom de groupe en trois syllabes. La musique à mes yeux peut être un outil de connaissance de soi, elle demande de taire notre ego pour capter ce moment précieux, cet instant transcendantal où le langage pur des sons s'allie pour apaiser ou ébranler notre mental et cœur. Cela faisait donc sens pour nous d'adopter ce mot dans sa définition sanskrit de l'instant. Par ailleurs, notre album dure 45 minutes, le temps d'un Muhurta. Qui sont les membres actuels du groupe et quels instruments jouent-ils ? Comment avez-vous rencontré Matthieu et décidé d'intégrer le sitar électrifié dans votre musique ?Pierre : Les membres du groupe actuels sont : Pierre (guitare et chant), Matthieu (sitar), Vincent (basse et chœur), Romain (batterie). Notre rencontre est expliquée dans la première question. Nous sommes deux sitaristes passionnés de metal et de musique indienne, il était donc inévitable pour nous d'allier ces deux musiques fortes et puissantes. Comme dit précédemment nous nous sommes rencontrés par l'intermédiaire de notre professeur de Sitar Michel Guay. Romain et Vincent nous ont rejoint dans l'aventure plus tard après avoir répondu à des annonces diffusées sur le net. Leur motivation s'est très vite sentie et nous sommes très contents de travailler avec ces excellents musiciens. Par ailleurs, Romain notre batteur pratiquait il y a quelques années le sitar et Vincent le bassiste pense à prendre aussi des cours de musique indienne. Comment se déroule le processus de composition dans le groupe ? Est-ce que chaque membre apporte ses idées ou y a-t-il un compositeur principal ?Pierre : Nous sommes tous les deux guitaristes et sitaristes, au début nous construisions les compositions de notre côté. Nous aimons explorer des patterns typiques de la musique classique indienne pour les inclure dans nos morceaux metal. Toutes les compositions nommées Raag dans notre album ont été écrites par notre professeur Michel Guay. Il n'y a pas une méthode précise pour composer. Les idées viennent quand on jamme ensemble ou avec son instrument, parfois même dans la rue en marchant, parfois la nuit avant de dormir, puis chaque membre apporte son avis et ses idées sur les compositions que nous travaillons ou proposons. Evidemment et forcément j'ai envie de dire on s'inspire, surement inconsciemment, de musique qu'on écoute. Comment vous répartissez-vous les tâches lors de la création d'une nouvelle chanson ? Y a-t-il des rôles spécifiques pour chaque membre ?Pierre: Il n’y a pas de rôles spécifiques, chacun apporte des idées. Parfois c’est moi qui écris les plans de sitar comme pour la fin de Kali Mata, comme parfois cela peut être Matthieu qui s’occupe des parties de guitares comme pour le morceau In The Cage. Nous avons la chance d'être tous les deux à la fois guitariste et sitariste donc on se complète dans la création des compos. Les nouveaux membres proposent des idées intéressantes pour les nouvelles compos, le batteur s'inspire de cycle rythmique indien pour sa batterie et le bassiste commence à étudier les raagas pour s'approprier des mélodies indiennes. Je dirais aussi qu'on essaie d'être dans la mesure. Il n'y a pas de sitar sur le couplet de "Kali Mata", sur les couplets de "Madness Of The West" le sitar a le même rôle qu'une lead guitare, sur le couplet de "In the Cage" le sitar imite un Tanpura (autre instrument à cordes indien), qui est une instrument drone indien. On explore, on expérimente. Muhūrta est à nos yeux un laboratoire d'expérience musicale ! Matthieu, pouvez-vous nous expliquer comment vous avez intégré le sitar électrifié dans vos compositions ? Quels défis avez-vous rencontrés ?Matthieu : Les sitars actuels sont accordés en Ré ou Do#. Il nous a fallu trouver l’accordage adapté à notre musique, le Ré tel que nous l’utilisons dans nos cours de sitar et dans pas mal de groupe de Death Métal a été choisi. Nous voulions reprendre les techniques et structures musicales propre à la musique classique indienne : comme la répétition de trois motifs mélodiques qui sont appelés tihay et qui marque le passage ou le retour à la mélodie principale (la fin de l’intro de "In The Cage" avant l’entrée de la guitare saturée ou même la fin de la chanson "Jyvan Chakr"). Nous exploitons également les techniques propres au sitar comme le Jhala, qui est la partie finale et très rapide d’un récital de sitar comme la dernière partie de "Jyvan Chakr". Tout cela dans le respect de la tradition des Ragas. De plus, nous souhaitions également utiliser le sitar comme une seconde guitare, il peut donc reprendre le même riff que la guitare, tout comme faire une mélodie répétée ou un solo. Comment gérez-vous l'incorporation du sitar électrifié en live ? Y a-t-il des aspects techniques spécifiques à prendre en compte ?Pierre : Au tout début de Muhūrta, nous tentions de sonoriser un sitar acoustique avec des micros posés par terre. Très vite des problèmes de Larsen nous ont fait défaut. C'est pourquoi Matthieu a investi sur un sitar avec piezzo intégré à l'intérieur. Matthieu: Depuis 2022, Le sitar utilisé en live est un électro acoustique (contrairement à l’album ou un sitar acoustique est utilisé). Il est donc géré comme une guitare acoustique avec un preamp et un compresseur sur le pedalboard. Une reverb à plusieurs modes et un accordeur le complète. L'égalisation est très importante pour lui trouver la bonne place dans un mix et sur scène. Pouvez-vous nous parler de votre album "Tamas" sorti au printemps 2024 ? Quelle a été l'inspiration derrière cet album ?Pierre : Tamas s'inspire de l'hindouisme, plus particulièrement des Upanishad que j'étudie avec passion. On parle aussi de sujet philosophique comme dans "In The Cage" ou de sujet plus engagé comme dans "Madness Of The West". Quelle est la signification du titre "Tamas" ? Comment ce concept se reflète-t-il dans la musique et les paroles de l'album ?Pierre: Tamas s'inspire de l'hindouisme. Le tamas est l'énergie de Shiva, l'énergie qui détruit nos mensonges intérieurs, nos illusions comme on le dit dans Kali Mata " destroy your lies and free your mind " détruit tes mensonges et libère ton âme. Quelles ambiances avez-vous cherché à créer sur cet album ? Comment le sitar électrifié contribue-t-il à ces ambiances ?Pierre : On ne recherche pas forcément une seule ambiance précise. On raconte une histoire. On expérimente le mélange des genres. Libre à tout auditeur de sentir sa propre ambiance à travers Tamas. Quel a été le retour sur "Tamas" depuis sa sortie ? Avez-vous reçu des critiques ou des éloges particuliers ?Matthieu : Dans l'ensemble les critiques sont positives car le concept est très original. Cela apporte de la nouveauté dans le milieu du métal. Selon les chroniques, le sitar est bien incorporé dans les chansons. Certains critiques disent que nous ne savons pas où aller car le style des chansons est très disparate. C'est en réalité notre but car nous aimons beaucoup de styles différents dans le métal et nous voulons fusionner tous ces styles avec le sitar et la musique classique indienne. Une fois de plus, nous voyons Muhūrta comme un laboratoire musical. Comment votre musique est-elle perçue en live ? Y a-t-il des moments forts ou des morceaux qui suscitent une réaction particulière du public ?Matthieu : Le retour fréquent de nos lives est l’ambiance envoûtante qui est créée. Pierre : Le live est pensé différemment que l'album, on prend un peu de liberté et nous aimons ajouter quelques détails rappelant l'Inde comme par exemple des encens en début de concert. Et il y a d'autres surprises, le mieux est de venir pour vivre l'expérience Muhūrta en vrai (rires). Lorsque les gens vous découvrent en concert, quel est le retour que vous recevez ? Y a-t-il des aspects de votre performance live qui surprennent ou captivent le public ?Matthieu : L’instrument lui-même semble captiver le public de notre point de vue. Il est étrange, peu vu, peu connu, je pense que les gens qui nous découvrent en live se demandent vraiment ce qu’on peut faire avec. Cela attise une certaine curiosité. Nous connaissons tous le sitar comme un instrument que l’on joue lentement avec des mélodies sans rythmes et envoûtantes, mais c’est bien plus que ça, cette partie-là n’est que le tout début d’un récital de sitar qui s’accélère avec des rythmes de plus en plus rapides jusqu'à l’explosion finale J’essaie de travailler au maximum l'esthétique également, de me rapprocher des grands maîtres sitaristes par l’utilisation de tapis et tissus indiens que je trouve d’une grande beauté. Nous sommes en constante recherche mais je pense que nous nous rapprochons du rendu optimal. Pierre : Nous avons aussi encore des idées pour des scène plus grandes, par exemple nous souhaitons ajouter les tablas, percussions indiennes, lorsque la taille de la scène nous le permettra. Avez-vous des projets ou des concerts à venir que vous aimeriez partager avec vos fans ?Pierre : Nous commençons à écrire tranquillement un deuxième album et à propos des concerts, nous allons rester dans la région parisienne pour l'instant. Et si vous êtes de passage au Hellfest, nous jouerons au parking du Leclerc de Clisson pour le Hellfest le Off. Nous n’avons pas encore les informations concernant le jour et l’heure de passage mais nous les diffuserons sur nos réseaux dès que nous les aurons. Y a-t-il un message ou une philosophie que vous souhaitez transmettre à travers votre musique ?Pierre : Je dirais qu'il est possible de voir en tout chose, autrui animal végétal paysage n'importe, un trésor et qu'il est important de le chercher et le cultiver. L'Inde et beaucoup de pays ont souffert de la colonisation imposée par nous occidentaux. Pour des intérêts futiles nous faisons des guerres et nous haïssons tout ce qui ne nous ressemble pas. L'inde a été et est toujours pour nous une source sublime d'inspiration, un trésor qui nous émerveille tous les jours. Nous avons décidé d'aimer ce pays, sa musique et sa culture et de l'allier avec ce qui est une force pour nous en occident, le metal. La musique des Raagas transcende nos âmes et nous espérons transmettre cette énergie avec Muhūrta. Merci encore. Je n'ai plus de questions, je vous laisse les mots de la fin.Nous souhaitons inviter nos auditeurs à cultiver l'amour, la paix et la méditation au quotidien.
|