Groupe:

Mass Hysteria

Date:

09 Aout 2025

Interviewer:

JeanMichHell

Interview Raphael - Jamie

Bonjour Mass Hysteria a trente de carrière, alors ça fait quoi d’avoir trente ans ?

Raphael : Déjà, moi, ça ne me rajeunit pas. C’est incroyable de se dire ça ! Quand tu montes un groupe, tu n’as aucune idée de la durée de l’aventure. Le premier objectif, c’est de composer des morceaux et de faire des concerts. Si tu arrives en plus à sortir un album, c’est déjà cool. Ensuite, si ça prend, puis que tu fais deux, trois, quatre albums, c’est tout simplement incroyable. Trente ans, ce n’est pas rien. Certains de nos groupes favoris atteignent quarante, cinquante ans de carrière. En France, pour du métal, rester actif si longtemps, ce n’est pas monnaie courante. On peut citer Mercyless, Lofofora, et quelques autres, mais ils ne sont pas si nombreux.

Il y a toujours la possibilité de disparaître, et de revenir ?

Raphael : Oui en effet, et de revenir aussi. C’était un peu notre cas. Un jour, un ami d’un autre groupe nous a dit : « Depuis votre reformation, vous n’avez jamais vraiment arrêté. » (Rires) On nous voyait peut-être moins, mais vous nous avons toujours continué malgré des périodes compliquées. Puis, avec l’Armée des Ombres et l’arrivée de Matière Noire, tout s’est relancé. Depuis, ça ne fait que monter, et c’est de mieux en mieux.

Jamie : On est les premiers surpris de voir l’évolution se poursuivre, même après tant d’années et de batailles. Cela fait huit ans que j’ai intégré le groupe, j’ai vu une évolution énorme entre nos premiers concerts et aujourd’hui. C’est fou de réaliser qu’un groupe peut garder autant d’énergie et de passion avec les années.

Raphael : Il y a un vrai renouveau et une ferveur incroyable du public. Parfois, je suis bluffé par l’accueil qu’on nous fait. Le week-end dernier (lors du Heavy Weekend de Nancy), c’était tout simplement fou.

Jamie : Aucune date de cette tournée n’a été décevante. Au cours de cette tournée, il n’y a jamais eu un seul moment où l’on se soit dit : « Tiens, ça tourne mal. » Tout a été génial du début à la fin.

Raphael : Il y a peut-être eu une date un peu spéciale, un peu isolée, en montagne en Suisse, qui était un défi logistique, mais c’était fun.

Jamie : En interne, on a compris que c’était une bouffée d’air, une vraie récréation. Malgré tout, on s’est bien marrés.

Raphael : Donc oui, c’est très cool.

Tu évoquais Lofofora tout à l’heure. Qu’est-ce qui compte le plus dans une carrière aussi longue : la route ou le but ?

Raphael : C’est quoi, le but ? Si tu te fixes un but, tu l’atteins un jour… et après, tu fais quoi ? Ou alors, on se fixe tous des objectifs tellement hauts qu’on sait qu’on ne les atteindra sans doute jamais. Il s’agit dans ma question de tout le processus artistique. Ce n’est pas le résultat qui est le plus intéressant, c’est tout le travail qu’on met et son élaboration. Pour ceux qui n’ont pas saisi l’art en général, ce n’est pas juste le produit fini : c’est le chemin, que ce soit l’apprentissage d’un instrument, la peinture ou la photographie... La création, ce sont toutes les étapes, et le but, c’est d’y arriver. Quand tu fais un disque, c’est normal de ne jamais être satisfait à cent pour cent.

Jamie : Exactement. On ne pourra jamais être entièrement satisfait de l’œuvre que l’on crée.

L’exemple de l’album, c’est une étape ou un objectif final ?

Jamie : Les deux à la fois. L’album est une étape qui débouche sur une tournée, mais c’est aussi un but en soi : donner la meilleure tournée possible. Ensuite, il faut composer un nouveau disque, et tout recommence. En tournée, on rêve du studio, et au studio, on rêve de la route : c’est un engrenage perpétuel qu’on adore.

Raphael : Moi, j’aime être en tournée, et si ça pouvait ne jamais s’arrêter, je ne dirais pas non.

Jamie : Studio et tournée sont indissociables ; on a besoin des deux.

Après trente ans, quelle place occupe Mass Hysteria dans la scène métal française ? Pensez-vous avoir un statut de parrains, d’exemples, de mentors ?

Raphael : Pas sûr.

Jamie : C’est compliqué de se coller une étiquette. Je suis le petit nouveau, je n’ai pas l’ego pour me considérer comme un exemple à suivre ; pour moi, l’important est de s’amuser.

Un exemple de plaisir alors ?

Jamie : Oui, avant tout, c’est le plaisir, les échanges avec le public. Je ne me suis jamais dit : « C’est grâce à moi ». Je ne me vois pas comme la raison de quoi que ce soit.

Une source d’inspiration, peut-être ?

Raphael : Pourquoi pas ? Pour certains jeunes groupes, on peut inspirer. Mais pas de rôles de « parrain » ou de « patron » ; on ne se sent pas du tout dans ces cases. Quand on parle de « patrons », ça me saoule, je n’ai pas envie de prétendre à ça.

Jamie : C’est un vocabulaire journalistique : on colle des étiquettes, alors que ce n’est pas forcément voulu ni mérité.

Raphael : Je suis content qu’on soit maintenant plus respecté par la scène métal « pure et dure ». Ça a pris du temps. J’écoute du métal depuis mes neuf ans, je me suis toujours senti métalleux ou rocker. Ça me blessait d’entendre « ce n’est pas du métal », même si oui, ce n’est pas du métal à cent pour cent.

Comment voyez-vous votre évolution musicale ? Au départ plutôt festif dans l’esprit et devenu plus sombre sur certains moments. Est-ce cela a légitimé votre statut ? Par exemple, Le live de Montréal, il est dansant même pour des non-métalleux et aujourd’hui on peut presque entendre du Slayer chez vous par moments.

Raphael : Je me demande bien pourquoi. (En insistant du regard vers Jamie).

Tu penses que c’est cette évolution qui vous crédibilise ? 

Raphael : Peut-être. Je dirais que c’est vraiment depuis Matière Noire.

Jamie : J’ai redécouvert Mass avec Même si j'explose de la diffusion du clip sur MCM, j’ai réalisé l’énergie du titre, j’ai trouvé ça génial. Concernant les premiers albums, c’est l’époque qui a voulu ça , cette fusion, Le Bien-être et la Paix était en phase avec son époque en pleine vague techno-métal du milieu des années 90.

Raphael : Nous, on avait en plus intégré des machines, pas forcément très habituel dans un groupe de Metal.

Jamie : Contradiction colle bien au Néo Metal de l’époque.

Raphael : C’était fusion électro-métal, parce que c’est ce qu’on écoutait. On a toujours pioché du bon partout. Se cloîtrer dans un seul genre, c’est impossible pour un musicien.

Jamie : Sinon on se mettrait des œillères et on s’interdirait des choses…

Raphael : Oui, enfermer les gens dans des chapelles, surtout en Metal, ne mène à rien.

Avec l’expérience, que se passe-t-il dans votre tête à chaque sortie d’album ou avant un concert ? Y a-t-il de l’attente, du doute ?

Jamie : Invariablement, il y a un doute : est-ce que les gens vont aimer ? Auront-ils compris ? Aurons-nous oublié comment faire de la musique ?

Raphael : C’est pareil pour les concerts. Sur la dernière affiche, on était entourés de groupes extrêmes improbables, je me suis demandé si ça allait marcher, mais ça a cartonné. Au Hellfest aussi, avant Metallica, c’était la même surprise. Et même Bruce Dickinson qui vient nous voir et dit qu’il nous connaît ; ça me fait marrer !

Dernière petite question, pour mon plaisir personnel, une phrase qui est avec mes amis est devenue un gimmick, alors trente ans après, on se retrouve toujours lundi au Foufounes Électriques ?

Raphael : Oui, ce serait génial d’y retourner. On a joué récemment, et le guitariste de The Brains m’a raconté qu’il avait découvert la salle en 97 avec nous, c’est trop cool !

Jamie : Il faudra qu’on retrouve ce lieu à Montréal.

Raphael : Absolument, on devrait retourner aux Foufounes !

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