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Interview Christophe Bourry cofondateur du Furiosfest
Bonjour Christophe merci de nous accorder cette interview. Peux-tu te présenter et nous raconter ton parcours de la première édition en salle jusqu'à celle de l'an dernier en plein air ?Je suis Christophe Bourry, co-fondateur du festival avec Ernault Acker. Nous avons créé l'association Cantal Crossbones afin d'organiser le Furiosfest. La première édition a eu lieu en 2021, en pleine période de sortie du Covid. Nous avons réalisé trois éditions en salle, et en 2024, nous avons tenu la première édition en plein air. Actuellement, pour faire fonctionner le festival, nous sommes onze personnes à l'année au sein de l'association, plus 80 bénévoles pendant la durée du festival. En ajoutant les prestataires (sécurité, technique son/lumière), nous atteignons environ une bonne centaine de personnes. Tu as mentionné le covid, apparemment il n'y a pas eu vraiment d'impact sur le festival ?En réalité, le Covid nous a été bénéfique. La première édition s'est déroulée après le Covid, juste après la levée de l'obligation du port du masque et la réouverture des salles sans restrictions de capacité. Lorsque nous avons décidé de nous lancer, il n'y avait rien sur les réseaux concernant des événements. Après cette période, beaucoup de personnes étaient désireuses d'assister à des concerts, ce qui nous a énormément aidés. La frustration des gens et le fait qu'il y ait eu très peu d'événements comme le nôtre à ce moment-là nous ont donné une visibilité que nous n'aurions pas eue si nous avions organisé la première édition aujourd'hui avec la multiplication des offres. Nous avions des attentes de fréquentation assez modestes, entre cent cinquante et deux cents personnes au maximum, et ce contexte nous a permis d'atteindre les quatre cent. Et maintenant, la qualité de l'accueil des festivaliers et des différentes programmations au fil des éditions a permis de fidéliser une partie du public. Quels ont été les principaux défis rencontrés lors de cette transition vers un format en plein air ?Le budget (rire) ! Nous savions que pour progresser, il ne fallait pas rester en intérieur, car la taille de la scène nous limitait et nous ne pouvions pas accueillir certains groupes, comme Mass Hysteria, que nous n'aurions pas pu faire avec l'ancienne configuration. Ensuite, nous nous demandions si nous serions capables de réaliser cette édition en plein air. Nous avons mis à profit toute notre expérience acquise au fil des autres éditions. Depuis la toute première, nous sommes mieux organisés ; je délègue davantage et nous avons créé divers pôles avec un responsable pour chacun. Nous avons sollicité l'avis de Yoan Le Névé, l'un des responsables du Hellfest, qui était présent, et il a dit qu'il n'avait pas eu l'impression que c'était une première édition en plein air. Donc, à part le fait que nous avons triplé le budget et prolongé le temps de montage, la transition s'est déroulée en douceur et avec sérénité. Franchement, nous avons reçu d'excellents retours. Quels retours avez-vous reçus des festivaliers concernant cette nouvelle formule ?Que du bon ! C'est la première fois que l'on a été autant remercié et félicité, pour la programmation bien entendu, pour aussi le cadre qui a été vraiment apprécié par les festivaliers, comme tu as pu voir on a une grande surface arborée. Il y a aussi la restauration, et pas que des simples foodtruck mais de la vraie restauration, et notre partenaire la maison Mas Le Rouget Cantal va encore améliorer et diversifier sa carte il y aura encore plus de produits locaux. On a eu vraiment que du positif... et même des artistes, au niveau accueil maintenant on a de vraies loges, Julien Truchan qui nous suit depuis le début en étant parrain de la première édition puis en ayant joué avec Benighted lors de la troisième, a été impressionné par notre évolution. Quel a été pour toi le meilleur moment de cette quatrième édition ?Déjà toute cette joie au près des festivaliers, que les deux jours c'était vraiment la fête, pendant Les Tambours Du Bronx on s'en est quand même pris une sacrée rincée et de voir que tout le monde est resté du début à la fin c'était vraiment incroyable même les musiciens ont halluciné. Toute l'édition en fait d'avoir pu programmer Mass Hysteria, Audrey Horne, Orange Goblin dont je suis fan absolu est une vrai fierté. Il y a aussi ce moment marquant pour moi c'est la rencontre avec Ben le chanteur Orange Goblin et l'amitié qui malgré la barrière de la langue s'est créé entre nous. Et puis il y aussi la rencontre de Francis Zégut qui est une de mes idoles qui reviendra cette année. Puis il y a eu tellement de belles rencontres et de belles choses... Comment cette première édition en plein air a-t-elle influencé la notoriété du Furiosfest ? Quel impact le festival a-t-il sur la ville de Saint-Flour, tant sur le plan économique que culturel ?La notoriété du festival a toujours été grandissante d'année en année, localement cela commençait à se ressentir de "qu'est-ce que c'est cette musique" c'est passé "ce que vous faites est vraiment bien. Les retours locaux après ce premier Furiosfest Open Air sont vraiment positifs. Comme chaque année nous faisons une petite collecte au près des commerçants pour éditer un programme, tous nous ont dit qu'ils étaient contents car ils ont vraiment vu les festivaliers et il y a eu un impact économique croissant, autant pour la restauration, le commerce que l'hôtellerie qui a fait le plein. Tout ce qui est retombées économiques ils commencent vraiment à ressentir les effets, certains festivaliers maintenant réservent d'une année à l'autre. Après la mairie, les élus nous suivent depuis le début, mais en étant dans le gymnase on restait dans le même cadre que les autres manifestations qui se passaient à Saint Flour. Là en s'appropriant temporairement une partie des infrastructures allouées au rugby, nous avons amené une grande scène qu'il n'y avait pas eu depuis des années, ce qui a impressionné les élus qui ont compris l'impact d'un tel événement. Comment les habitants du nouveau site ont-ils perçu le Furiosfest ?Nous avons reçu le soutien de tout le monde. Honnêtement, lorsque nous avons décidé de changer de lieu, Arnaud et moi avons fait du porte-à-porte auprès des riverains du stade de rugby pour leur présenter notre projet. Nous les avons rencontrés un par un, leur avons expliqués que nous arriverions dans quelques mois et que nous allions faire un peu de bruit. En ce qui concerne la circulation, ils ont obtenu des laissez-passer pour pouvoir aller et venir à leur convenance, donc ils n'ont pas été affectés. De plus, nous leur avons offert des invitations pour qu'ils puissent participer au festival. Tous les retours ont été positifs, nous n'avons reçu aucune critique du type "c'était le désordre" ou "c'était sale"... Nous avons eu que des retours positifs ! Peux-tu nous décrire les étapes clés de l'organisation d'un festival de cette ampleur ?Eh bien, nous sommes passés de deux jours de montage à une semaine, et il en va de même pour le démontage. Cela implique de boucler le site une semaine à l'avance, avec plus d'infrastructures à mettre en place. La différence réside dans le fait que nous avons plus de travail en amont et après. Quels sont les principaux partenaires et soutiens qui rendent possible un événement comme le Furiosfest ?Nous avons le soutien de toutes les collectivités locales (la ville de Saint Flour, la Com'Com, le département, la région) depuis le début, un peu de mécénat, ainsi que des collectes auprès des commerçants. Cette année, nous avons également signé un partenariat avec le Crédit Mutuel, reconnu pour son expertise dans l'accompagnement d'événements musicaux tels que le Hellfest, Le Printemps de Bourges, le festival d'Ambert... Leur intérêt pour nous est une marque de reconnaissance, et nous avons toujours souhaité collaborer avec des personnes ayant ce savoir-faire. Ce partenariat commence à avoir un impact, même si les effets se feront vraiment sentir d'ici un an. Ensuite, il y a la billetterie et le merchandising, où nous avons de la chance car chaque année, nous vendons presque tout. Étant donné que nous évoquons le partenariat et qu'ils ont communiqué, je suis heureux de partager notre collaboration avec Hyraw, qui a lancé pour l'occasion une casquette et un t-shirt à l'effigie du FuriosFest. Comment la programmation des groupes participant au Furiosfest est-elle organisée ?Cela se fait entre moi, qui contacte les groupes que je souhaite inviter, et toutes les demandes spontanées que nous recevons. Nous sommes très sollicités, tant par les groupes indépendants que par ceux qui ont un label ou un booker. Bien sûr, certaines opportunités sont difficiles à refuser, mais actuellement, nous avons environ deux ans d'attente. Le festival reflète mon univers musical, qui est très varié, donc j'essaie de rendre la programmation aussi éclectique que possible, avec des genres allant du rock, stoner, alternatif, hardcore, death... il y en a pour tous les goûts. Plusieurs groupes qui seront présents cette année ou que je prévois d'inviter l'an prochain ont parfois attendu entre 2 ans. Il n'est pas simple d'expliquer aux groupes qu'il y a une telle attente, car nous n'avons qu'une seule scène, et actuellement nous ne pouvons programmer que 6 groupes en 2 jours. Il ne faut pas oublier que toute l'équipe technique est mobilisée dès que le premier son est lancé jusqu'au dernier. Concernant cette programmation, que ce soit pour les têtes d'affiches comme Dark Tranquillity et Rise Of The Northstar ou même pour les autres groupes, nous avons uniquement reçu de bons retours. Quelles sont les améliorations apportées pour cette édition par rapport à l'année dernière ?Cette année, en plus de la restauration déjà mentionnée, le changement principal pour les festivaliers est que nous avons réservé une partie du camping de Roche Murat à Saint Flour . Ainsi, les porteurs de pass campeurs auront accès aux installations du camping ainsi qu'à un parking sécurisé situé à proximité, d'où des navettes gratuites les transporteront jusqu'au site du festival pour ceux qui le souhaitent. Ce dispositif leur permettra, je pense, de profiter pleinement de leur expérience au festival. Je les invite à visiter notre site web pour plus d'informations. Pour l'année prochaine, nous souhaitons également améliorer l'accueil des partenaires ainsi que l'arrière-scène. Tu as indiqué que le Furios est un festival axé sur les familles. Avez-vous des projets ou des ambitions spécifiques pour améliorer l’expérience des familles lors des prochaines éditions ?Oui, nous y travaillons ; nous faisons de notre mieux. Nous avons constaté qu’il y avait beaucoup d’enfants lors de la dernière édition, donc nous envisageons éventuellement de créer un espace qui leur serait réservé à l’avenir, avec des jeux et une structure gonflable où ils pourraient s’amuser. Cependant, cela nécessiterait une surveillance d'un point de vue sécurité. Nous allons évaluer les avantages et les inconvénients, et nous devons nous assurer aussi que cela ne dénature pas l’essence de l’événement. Comment vois-tu l’évolution de Furiosfest dans les années à venir ?Nous visons dans un premier temps à l’étendre sur trois jours. Comme tu connais le lieu, pour ajouter une seconde scène, nous devons occuper le stade, ce qui implique de protéger la pelouse — et cela représente un budget conséquent. Donc pour l'instant, nous ajouterons à la programmation le vendredi, ce qui nous permettra de faire jouer des groupes supplémentaires. Comme notre prestataire son et lumière GB4D nous l’a fait remarquer, cela nous aidera à mieux exploiter les installations qui sont opérationnelles dès le mercredi. Puis à l’avenir nous espérons augmenter progressivement la capacité jusqu’à 3 000 personnes. Ensuite, pour les deux scènes nous verrons comment articuler ça… Envisagez-vous d’organiser un événement de type “warm up” à l’avenir ?Cela fait deux ans qu’on me pose cette question, et deux ans que je l’évite un peu, je dois l’avouer. À titre personnel, je pensais que nous n’étions pas encore assez connus, et je redoutais que cela puisse paraître prétentieux ou maladroit. Mais récemment, on m’a fait remarquer que cette façon de penser était un peu dépassée, car aujourd’hui, le Furiosfest est bien identifié et commence à vraiment faire parler de lui. Alors pourquoi pas ? Je suis un peu plus ouvert à cette idée. En revanche, cela ne s’appellera pas “Warm Up”. Ce n’est que mon avis, mais ce nom est vraiment associé au Hellfest, et je préférerais qu’on garde notre propre identité. Des propositions circulent, des choses sont en réflexion. Il est tout à fait envisageable qu’un projet voit le jour en 2026. Cela dit, je pense qu’un tel événement n’aurait pas beaucoup de sens s’il était organisé uniquement localement. Une date à Lyon, une autre à Paris ? À voir ! Il y aura tout de même des trucs prévus les jours avant l'ouverture ?Cette année indépendamment du festival, il y aura des activités pour les festivaliers arrivant en avance. Le jeudi, cela se déroulera à la Guinguette de l'Ander à Saint Flour avec le groupe Tellure. Toujours à Saint Flour le vendredi, dans la ville, des animations musicales organisées par la mairie et les commerçants auront lieu autour des terrasses des restaurants et bars, où plusieurs groupes aux accents rock se succéderont, un peu comme lors de la fête de la musique. Que penses-tu de l'augmentation du nombre de festivals après le covid ?Je ne peux rien dire de négatif, car nous faisons partie de ces jeunes festivals qui ont vu le jour il y a quatre ans. Je crois qu'il y a de la place pour tout le monde, même si se démarquer n'est pas facile. C'est pourquoi nous souhaitons conserver cet esprit familial, où il y a beaucoup d'enfants, et également maintenir une programmation variée. Tu sais, nous avons reçu de nombreux compliments sur l'affiche de cette année, car elle est différente de celles des autres festivals et présente moins de groupes que l'on retrouve sur les affiches des autres événements. Une dernière question, comment le nom du festival a-t-il été choisi ?C'est simple ! Dans le Cantal, notre patois est proche de l'occitan et dans ces deux langues, "furieux" se dit "furios". Cela a conduit à Furiofest, "le festival des furieux". Voilà comment cela s'est fait. Je te souhaite une agréable soirée et te laisse les mots de la fin. Que dire ? Si vous êtes à la recherche d'un festival chaleureux, familial, avec une programmation variée se déroulant dans un cadre splendide, le Furiosfest est fait pour vous ! Nous serons ravis et fiers de vous accueillir. Nous sommes fiers de cette programmation et remercions les festivaliers qui nous soutiennent depuis le début, car ils ont permis cette évolution. Merci également à Aux Portes Du Metal pour leur soutien et pour nous rendre visibles sur vos réseaux. Nous sommes vraiment contents du travail que vous accomplissez autour du festival et de vous accueillir.
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