Groupe:

Decasia

Date:

10 Avril 2022

Interviewer:

Didier

Interview Decasia

Salut à vous, est-ce que vous pourriez nous présenter le groupe ?

Salut ! Alors on est Decasia, un trio de heavy-psych rock, on s'est formé à Nantes pendant nos études et maintenant on est basé à Paris ! Le groupe est composé de Maxime à la guitare et au chant, Fabien à la basse et synthé et Joe à la batterie !

Toujours dans les présentations, pourquoi ce choix de nom ?

Alors il faut savoir déjà que trouver un nom de groupe c'est presque plus dur que de composer des morceaux en soit ! Quand on a commencé à jouer ensemble et à se pencher dessus, on cherchait un nom composé d'un seul mot, et qui ne soit pas forcément littéral. Un jour, on est tombé sur les travaux photos de Bill Morrison, il a été l'un des premiers à manipuler et modifier de vieux négatifs photos et vidéos. En les altérant de plusieurs façons différentes, il a obtenu des images principalement noires et blanches mais complètement déformées ! Les rendus vidéos sont assez incroyables à voir, on vous laisse jeter un œil ! Bref, et ce fameux Bill a réalisé un film qui se nomme Decasia : a state of decay. On a vraiment apprécié sa pratique, sa manière de transformer de manière très brute et organique les choses, on trouvait que ça collait assez bien avec ce qu'on voulait faire musicalement, donc voyez ça comme un hommage à sa pratique !

Vous savez que votre logo, pas facile à décrypter, pourrait laisser croire que vous œuvrez dans le true Black Metal nordique :-). Pourtant vous êtes bien sur le label Italien Heavy Psych Sounds, bien connu des amateurs de fuzz. Comment s’est passée cette rencontre ?

Pour le logo c’est pas forcément voulu au départ même si certain d’entre nous écoutent quelques artistes issu du Black mais au final on aime bien l’amalgame. Pour HPS, c’est arrivé un peu par chance disons ! On a enregistré notre album juste avant les premiers confinements et compagnie, on a mis pas mal de temps à mixer ça à distance, c'était assez compliqué mais une fois le mixage et la pochette faits, on a démarché tout simplement une liste de labels qu'on apprécie ! Heavy Psych Sounds a fait partie des premiers qu'on a contacté ! Sans réponse, on a tout d'abord continué à chercher ailleurs, pour finalement se rendre compte presque six mois après que notre premier mail n'était jamais arrivé à destination, une boite mail trop pleine, une transmission erronée, une mésaventure des plus étranges, les planètes n'étaient pas encore alignées. On a tenté notre coup via une seconde adresse et cette fois le mail est arrivé à bon port ! Gabe nous a rapidement répondu, on a pu s'appeler et discuter ensemble plusieurs fois, il a été à l'écoute de nos questions vu que c'est la première fois qu'on signait sur un label, on avait pas mal de questions ! Donc en somme, on a tenté notre coup et miracle ! Mais cela n'a pas été facile, on a mis quand même presque six mois à trouver un label.

Quelles sont les principales influences musicales du groupe ?

Disons que c'est assez varié, tous les trois on a un gros tronc commun ensemble, on se retrouve sur plein de groupes mais aussi de styles, on adore tous les trois le funk et la soul par exemple. On aime la musique qui donne de l'énergie quelque soit le style. Donc ça peut aller de James Brown à Black Sabbath en passant par MC5, Oh Sees ou encore Meshuggah ! Par rapport au groupe et à ce que l’on veut transmettre, nos influences varient entre de l'énergie pure teintée de punk garage comme la scène Californienne de In the Red Record ou Castle Face Records (Fuzz, Oh sees, Meatbodies) en passant par la lourdeur fuzz (Elder, Dopelord, Sungrazer) avec des envolées épiques (Colour Haze, Causa Sui, Messa).

Est-ce que Decasia est votre premier projet musical, disons, sérieux ?

Ouais carrément ! En sortant du lycée on avait chacun fait quelques trucs mais sans plus. Joe le batteur a eu la chance de former un groupe de blues-rock avec Gabe Bridgewater, le fils de Deedee Bridgetwater au lycée mais aucun morceau ne fut réellement enregistré. Le guitariste et le premier bassiste ont commencé la musique ensemble vers 15 ans et ont eu plein de petits groupes de lycée avant l’arrivée sur Nantes. Fab a eu aussi un groupe au lycée et faisait partie de la “team jam” de notre collocation nantaise : du gros son dans le salon jusqu’à pas d’heure. :)

Pourquoi avoir bougé de Nantes à Paris ? Marre des crêpes ? Pour supporter le PSG ? non je rigole :-)

Même si on est plus crêpes que chaussures à crampons c'est principalement pour le boulot qu'on est parti à Paris. On a eu l'occasion de trouver du boulot là-bas, donc on a pu continuer l'aventure ensemble ! A noter qu’à l’époque nantaise le bassiste était Kevin Bobet, un ami d’enfance du guitariste qui a transmis le flambeau à Fabien lors de ce déménagement.

Vous opérez en trio, c’est la formation idéale selon vous ?

Par forcément, tout dépend du groupe, du style et des compos, mais pour nous c'est ce qu'on voulait faire. Au-delà d'être des amis proches, on a une super connexion musicale, et ça au-delà d'être singulier à chaque groupe, ça reste également très précieux !

Parlons un peu de ce premier album, "An Endless Feast for Hyenas", pourquoi ce titre pour commencer ?

On voulait un titre un peu métaphorique qui puisse lier tous les morceaux de l'album ensemble. Les morceaux puisent leurs histoires au travers de contes mythologiques, où un peu comme des fables, on retrouve souvent des dualités et des paradoxes. On a essayé de représenter ça à travers ce titre, avec tout ce qu'une meute de hyènes affamées peut signifier.

J’ai lu qu’il avait été enregistré dans une grange en Auvergne. Il y a des hyènes en Auvergne ?

Alors il y a eu la bête du Gévaudan, mais maintenant à part des vaches et du st nectaire, on est loin de la contrée hostile !

Comment avez-vous travaillé pour composer cet album ?

Chaque morceau est issu d'improvisation et d'un travail de composition commun. On improvise, on enregistre, on extrait des thèmes, des riffs, des ambiances qu'on aime et on les retravaille, on construit autour afin de mettre en place le relief du morceau, et ça autour de la voix, qui se construit en même temps que ce processus instrumental.

Qui s’occupe des textes ? Et quels sont les sujets qui vous inspirent le plus ? Je dois l’avouer ça n’est pas facile de le deviner à partir des titres plutôt cryptés, ni même de le comprendre dans le chant.

C’est l’effet voulu, on aime mettre en avant des thèmes, suggérer les choses. Et c’est aussi plus simple pour écrire. C’est le guitariste qui écrit les textes. Les influences sont nombreuses, l’Histoire, la mythologie, les expériences de vie. Le thème de cet album est une métaphore sur les travers humains et la dualité Bien et Mal. Les hyènes sont aux portes de la ville, le danger est toujours présent au-delà des remparts mais aussi au sein du village via les habitants en quelque sorte. L’idée est de mettre en avant que tout n’est pas soit noir soit blanc, et qu’il y a beaucoup de nuances dans tous les aspects de la vie.

Toujours a propos des textes, qui sont en Anglais, ils sont souvent très succincts, une phrase, voire deux, répétées plusieurs fois. Par contre ils sont très poétiques, vous pouvez nous expliquer ?

On a gardé cette influence Punk du “Keep it simple” direct et impactant. On vient certainement contraster tout ça en y apportant une pointe de lyrisme, sans tomber dans les clichés à l’eau de rose. Mais c’est marrant cette analyse que tu as faite : on voit ça surtout une fois que tout est bouclé et avec beaucoup de recul sur notre travail des mois voire des années après :). On ne s’est pas dit avant le studio qu’on voulait faire ça, c’est vraiment une construction des morceaux sur le temps qui nous amène à ce résultat.

Je parlais du chant, mais dans ce style musical, il semble moins important dans le son du groupe que les petits gimmicks de guitare, je me trompe ? On trouve de nombreux passages instrumentaux dans vos morceaux, voire même des morceaux 100% instrumentaux, il y a très peu de paroles, vous semblez pas très causants. Joe Perry chantait “Let the music do the talking”, c’est aussi votre approche ?

C’est surtout que les textes et mélodies sont trouvées après la musique. Le chant est secondaire, la musique est première ici. Il peut arriver qu’en bout de piste il y ait moins de place pour le chant, même si dans le futur, on tentera de faire l'effort de mettre la voix de plus en plus avant rien que pour sortir de notre zone de confort et tester de nouvelles manières de composer.

Vous cultivez un côté progressif dans vos morceaux, souvent assez longs. Parfois il semble même y avoir une part d’improvisation, est-ce le cas ? L’ambiance est très psychédélique, je ne savais pas qu’il y avait des champignons hallucinogène en Auvergne :-). Si ça n’est pas ça, comment vous mettez-vous dans ce “mood” ?

Oui, c'est vrai que sur certains morceaux on peut avoir ce ressenti, en travaillant certains morceaux, on trouve toujours des suites, des enchaînements, et donc parfois on a envie de complexifier le morceau pour lui donner une dimension dantesque ! D'où le côté progressif ! Après, pour répondre à ta question sur l'improvisation, on ne joue jamais deux fois le même morceau, on a tous les longueurs des parties de nos morceaux mais à l'intérieur de celles-ci, on s'écoute, on accentue certains passages en fonction, on aime pouvoir se laisser cette marge de manœuvre pour laisser vivre le morceau.

Un dernier mot sur l’artwork, assez mystérieux et très beau, pouvez-vous nous en dire deux mots ?

Oui, avec plaisir. Alors, on a pris l'habitude de réaliser nos artworks. Les visuels de la scène rock stoner sont à 80-90% des illustrations, ce qui rend parfois l'exercice chronophage. Nous on apprécie le côté physique, charnel de certains visuels. Pour cet album, on avait envie de créer des costumes à la fois inspirés des arts primitifs mais en leur donnant un côté décadent, un peu fou, d'où les couleurs. En plus de ça, on tenait à ce qu'on puisse voir comment sont faits les masques. Alors on a décidé de prendre une photo en haute définition pour y voir les détails, puis on a mis en scène ces masques faits de bric et de broc ! Une fleuriste de Paris, Valérie Pitou-Chabin, tient une magnifique boutique dans le 15e arrondissement et elle à bien voulu nous mettre à disposition la boutique et nous aider à faire la composition florale ! Le verso a également été fait chez elle, un grand merci à elle !

D’autres plans pour Decasia ?

D’autres plans pour Decasia après deux tournées annulées, on espère pouvoir tourner en Europe le plus rapidement possible, et sinon des concerts en France bien sûr, du nouveau merch, une live session qui va sortir, un clip pour la rentrée et des nouveaux morceaux en préparation ! 🔥🔥

Merci à vous pour ce moment, je vous laisse le mot de la fin pour nos lecteurs :

Et bien tout d'abord merci à toi pour cet échange ! On espère que vous apprécierez notre univers et ce qu'on a proposé ! Ça joue fort, ça joue vite, ça joue lent et ça groove 🔥. PLAY IT LOUD ! Merci à vous !!

Venez donc discuter de cette interview sur notre forum !