Gojira

Artiste/Groupe

Gojira

CD

The Link

Date de sortie

2003

Style

Death Metal

Chroniqueur

Jojo

Site Officiel

Myspace

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C H R O N I Q U E

Après une démo en 1997, Possessed, et un Terra Incognita des plus convaincants en 2001, les quatre français de Gojira repartent sur la route et nous livrent leur deuxième album, The Link. Ici, l'artwork représente un arbre jaunâtre, dessiné sur fond rouge, symbole de la vie et du monde, là où Terra Incognita nous montrait un homme, nu, recroquevillé à genoux dans le noir, en train de méditer. Volonté de nous prévenir d'un album moins sombre que son prédécesseur ? Peut-être. Mais peut-être est-ce plus que cela...

Première remarque: le son a nettement évolué. Gojira a tenté une nouvelle expérience, Gojira s'est fait plaisir, et dès les premières secondes ça se ressent. Les instruments semblent plus proches les uns des autres, plus ordonnés, le son est moins lourd. En fait, tout ce qui faisait le charme de Terra Incognita a disparu, ou plutôt s'est transformé, et paradoxalement cela ne gâche en rien notre plaisir. 
Car dès les premières minutes, on sent une batterie mise plus en avant pour donner une place plus importante à l'excellent jeu de Mario Duplantier, qui développe un jeu plus rapide et plus technique qu'auparavant. Le trio de guitares lead/rythmique/basse se complète parfaitement, bien que la basse se fasse moins audible que sur Terra Incognita; et surtout, la grosse différence vient de Joe Duplantier et de son chant. On passe d'un growl, qui donnait un côté lourd et pesant à Terra Incognita, à un décoffrage brut, moins soigné mais plus lyrique, plus aérien parfois. Le son est plus propre, mais le chant efface cette impression de propreté de par ses sonorités presque caverneuses par moments, et c'est ce mélange qui fait en partie le charme de cet album.

Mais ce n'est pas sur ces impressions purement techniques que s'achève cette analyse. En effet, ce qui fait la grande force de cet album, c'est sa richesse. Gojira varie les tempos et les rythmes, joue avec notre esprit. Ainsi, certains riffs sont explosifs et mitraillent nos oreilles, tandis que d'autres se veulent très calmes, plus mélodiques et permettent de souffler. Le tout reste parfaitement cohérent, et l'auditeur est littéralement transporté, submergé par cette richesse sonore que nous offre Gojira, n'hésitant pas à passer de sonorités légères (Over the flowDawn), parfois presque exotiques (ConnectedTorii) à un death metal féroce presque à la limite du grindcore (Wisdom Comes), sans pour autant se perdre dans un quelconque délire. Chaque morceau apporte sa touche à l'album, chaque note est calculée pour compléter celle qui la suit. Grâce à cette large variété de gammes que nous offre Gojira, notre esprit est tiraillé entre la folie et la raison, et la musique serait le lien (the link !) entre les deux. Le livret (en papier recyclé s'il vous plait !) apporte son lot d'images où les photos sont toutes plus belles les unes que les autres et collent parfaitement à l'esprit de cet album, dont les paroles très inspirées s'ouvrent à la limite de la philosophie. C'est aussi ça qui fait le caractère de Gojira: une musique qui reste dans l'esprit du death metal, mais une imagerie et des textes qui sont à des années-lumières du genre.

Deux ans après un très bon Terra Incognita, Gojira nous livre donc un The Link des plus intéressants, grâce notamment à la large richesse sonore dont il sait faire preuve, mais aussi grâce à la maitrise technique des musiciens qui, tout en sortant des sonorités du death metal conventionnel, garde cette base death qui leur est propre. Reste maintenant à confirmer avec un troisième album digne de celui-là !